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Page 1: N°249 - du 1er au 7 février 2011
France : une vie publique sans militantisme ?
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France : une vie publique sans militantisme ?
Pour faire renaître une mobilisation militante, il faut lutter contre trois obstacles majeurs : • la mondialisation qui installe un sentiment d’impuissance nationale, • la définition des conditions de sortie de l’actuelle crise financière publique, • la nouvelle culture des votes sanctions. national de plus en plus pacifique. De temps en temps, des remises en cause ponctuelles intervenaient. La richesse était perçue comme inéquitablement répartie. Le progrès technologique accéléré n’était pas source d’émancipation de l’être humain. Des explosions étaient alors l’occasion d’exprimer un ras le bol mais il n’y avait pas de crise systémique de la société marchande. Des situations aliénantes étaient dénoncées dans un contexte global qui s’était progressivement imposé comme sain. La crise actuelle est d’une autre nature. Elle porte en elle un sentiment global de faillite généralisée. Les outils ont dépassé une certaine dimension et accéléré une perception d’exploitation qui avait disparu. Bien davantage, cette société libérale donne l’image d’une dévalorisation de la place de l’être humain. La notion de classe s’était dissolue dans une tendance durable au progrès. Cette notion revient sur le devant de la scène sur des bases nouvelles. Pour qu’il y ait une conscience de classe, plusieurs facteurs doivent être réunis : - l’individu estime que l’amélioration de sa situation ne peut être que le résultat de l’action collective et non plus le résultat des efforts individuels d’intégration, - la violence remplace la négociation comme moyen d’obtenir des classes possédantes les avantages jugés équitables, - la conscience de classe naît comme agent de transformation de la société bien davantage que toute autre appartenance.
Ces trois volets sont étroitement liés. Ils contribuent à ce jour à une démobilisation associée à un sentiment d’impuissance qui démotive.
Les effets de l’actuelle mondialisation
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la société industrielle s’est construite autour de repères simples : le bien-être matériel croissant dans un environnement inter-
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Forum Libération : un grand succès de fréquentation
Plus de 22 000 personnes accueillies sur deux jours et demi, c’est un grand succès. Les personnes présentes ont d’abord montré leur attente d’un autre «Ministère de la parole». Elles ont aussi témoigné que l’état d’indignation était en cours de dépassement pour aller vers la recherche de sanctions claires et vives. A leurs yeux, il n’y avait plus de fatalité à l’impuissance.
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Quand cette conscience se reconstitue, elle prend naissance sur des bases nouvelles marquées par une séparation binaire : les nantis et les autres. Les «autres», c'est-à-dire le très grand nombre de tous ceux qui considèrent qu’ils ne sont plus invités au banquet et ils ont alors l’irrésistible envie de renverser la table. Les nantis sont ceux qui, bien que souvent pour partie fauteurs de crise, échappent à la crise en accumulant des richesses qui deviennent provocations. Avec un sentiment d’autocritique fait de conscience diffuse de myopie, voire de soumission à des impostures, l’opinion attend des ruptures radicales. Plus ces ruptures tardent, plus la colère monte. La société libérale était d’abord un produit du rationalisme. C’était la vision d’une société gagnant en cohérence qui installait progressivement une justice universelle. Le voile s’est déchiré. Le temps des épreuves fait émerger de nouveaux centres de gravité sur le plan international comme à l’intérieur de chaque pays. La crise révèle un antihumanisme qui installe au grand jour une «morale des forts», qui ramène à de vieux clichés entre la morale des maîtres et celle des esclaves. Le fort agit à sa guise, comme il veut, par-delà le bien et le mal. C’est ce climat qui fonde et légitime actuellement une violence inhabituelle dans sa pratique comme dans son acceptation par le grand nombre. Le capitalisme reposait sur un sentiment du rôle «bienfaisant» du riche qui évite la misère pour tous. Ce rôle est aujourd’hui contesté. La mondialisation est donc d’abord confrontée aujourd’hui à l’impératif d’édiction de nouvelles règles pour donner un sens au développement collectif. C’est un défi considérable qui dépasse les simples réajustements techniques ponctuels. Plus les puissances internationales n’y parviennent pas, plus la mondialisation est rangée au rang d’une menace intolérable. A certains égards, la gravité de l’actuelle crise de la mondialisation est proportionnelle à la victoire du capitalisme qui s’était installé comme le seul régime économique. Une fois cette installation assimilée désormais à la crise, face à ce régime c’est
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le vide. Ce vide angoisse, paralyse, provoque un repli sur soi sans précédent. Sans précédent, parce que les crises antérieures n’ont jamais reposé sur des bases de ce type. La crise de 1929 avait ouvert trois réponses : • le New Deal aux Etats-Unis, • la politique keynésienne en Grande Bretagne, • la politique du Front Populaire en France. Ces trois réponses traduisent trois abandons de la pensée libérale. Les Etats, selon des modalités diverses, acceptent de s’endetter pour créer un nouveau pouvoir de consommation ou un nouveau pouvoir de production. Ils vont accepter de dépenser plus que leurs ressources.
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Un rapport nouveau à la classe politique Avide de revanche, l’opinion fait la chasse aux attributs de la classe politique classique. Ces attributs touchent à l’apparence comme au contenu même de l’expression. L’apparence paraît toujours guidée par une attitude hautaine qui maintiendrait les intéressés audessus du commun. Le costume cravate avec des couleurs sombres est ainsi devenu une sorte d’uniforme trans-partis. Quant à l’expression, elle est fortement matinée d’intellectualisme littéraire quelle que soit d’ailleurs la formation initiale des intéressés. Cette situation est aujourd’hui menacée par des signes annonciateurs d’éventuels changements profonds.
le G7) et en même temps elle doit s’endetter chaque année pour financer des dépenses encore plus importantes. Tout se passe comme si, depuis le début des années 80, l’augmentation de l’endettement était en fait considérée comme une ressource publique à part entière. Une large partie de l’augmentation de la dette a été utilisée pour financer les dépenses courantes de l’État et pour reporter sur les générations futures une part croissante de nos propres dépenses de santé et d’indemnisation du chômage. Le recours à la dette a même souvent ralenti les nécessaires efforts de modernisation. La dette a permis à l’Etat de reporter la modernisation de sa gestion. La preuve : le périmètre de ses missions s’est réduit, mais ses effectifs n’ont cessé d’augmenter (+ 300 000 agents, soit +14% entre 1982 et 2003). L’endettement a également permis de maintenir certaines dépenses dont l’efficacité n’est pas avérée. Pas étonnant que ces dix dernières années, les dépenses de l’État ont été supérieures à ses recettes
L’impact de la crise des finances publiques
Pendant des décennies, les citoyens Français ont entretenu un rapport particulier avec l’Etat. Ils voyaient l’Etat comme ils voyaient les monarques, plus alliés qu’ennemis, plus protecteurs que dangereux, plus garants que menaçants. Ces qualités de protection, de sécurité, de gardien de la liberté individuelle s’effondrent ou se sont déjà effondrées. Comment l’Etat pourrait-il être crédible pour protéger autrui alors qu’aux yeux d’un nombre de plus en plus important il n’est déjà plus apte à se protéger lui-même tant il paraît fragile ?
Par rapport à cette logique, l’actuelle situation est spécifique puisqu’elle se double d’une crise des finances publiques. La France a le niveau de prélèvements obligatoires le plus élevé des grands pays industrialisés (44% du PIB contre 39,5% pour la zone euro et 35 % pour
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Pourquoi participer ?
S’agit-il de questions de fond ou de sujets d’actualité ? La règle constatée par les études conduites sur ce sujet est celle de la primauté des sujets d’actualité. Pour qu’une question de fond prenne plus d’influence qu’un sujet d’actualité, il faut deux critères cumulatifs : • d’une part, qu’il s’agisse d’une vague de fond relative à un réel dossier d’une ampleur considérable (guerre, questions économiques exceptionnelles…), • mais surtout d’autre part que l’un des candidats ait des positions clivantes éloignées des priorités collectives consensuelles, si elles existent. En d’autres termes, si la question de fond appelle des réponses assez proches de la
part des deux candidats, l’électorat retourne à des sujets d’actualité. Par conséquent, la règle très installée est celle de la primauté des questions d’actualité. Qu’est ce qui peut réellement conduire un citoyen à ne pas voter ? Les études universitaires conduites sur ce sujet apportent des enseignements qui divergent des réponses traditionnellement admises. La baisse de participation est d’abord liée au sentiment que le vote ne changera rien au «système». Plus un circuit de décisions politiques est perçu comme manifestement « autonome », plus la participation civique chute. Le second facteur d’abstention est lié au sentiment qu’a le citoyen d’exercer une influence décisive sur le vote. Si le choix collectif lui parait acquis d’avance et à l’abri de sa participation individuelle; il sera tenté par l’abstention.
de 18% en moyenne. Le rapport Pébereau proposait quelques orientations concrètes :
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l’effort de réduction des dépenses publiques doit être partagé par toutes les administrations publiques (Etat, mais aussi régimes sociaux et collectivités locales), toutes les recettes liées aux cessions des actifs publics non stratégiques et aux «bonnes surprises» conjoncturelles doivent être affectées au désendettement, toute dépense nouvelle devrait être gagée
par une économie équivalente. L’efficacité de la dépense doit être au cœur des pratiques politiques et administratives. Un réexamen complet des dépenses de l’Etat et des régimes sociaux devrait s’engager. Mais surtout, le rapport Pebereau préconisait une information transparente constante pour que ce dossier devienne, comme il le mérite, un vrai enjeu collectif. Sur cette dernière préconisation, nous sommes très loin de cette mobilisation d’information pour provoquer la nécessaire sensibilisation collective puis la mobilisation indispensable.
L’opinion a une conscience diffuse mais réelle de cette incapacité chronique à diminuer l’endettement. En conséquence, elle n’imagine pas comment demain il serait possible de faire ce qui ne l’a pas été hier. Le dossier de la dette publique est gelé dans l’esprit de l’opinion. Mais il gèle aussi toute relance par la dépense publique. L’opinion a pris conscience que la «puissance publique» était l’impuissance publique ; ce qui démonétise le débat public. Pourquoi faudrait-il s’intéresser à un acteur qui n’a
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plus les moyens d’agir efficacement ? Ces campagnes négatives impactent d’autant plus qu’elles interviennent très en amont. Dans la dernière ligne droite, leur impact est minoré par la multiplication des messages qui se neutralisent mais surtout par le doute qui saisit alors l’électorat entourant ces campagnes d’une connotation purement manœuvrière et non pas de «saine révélation». Cette méthode est d’autant plus déconnectée de solutions positives sur le fond qu’elle reconnaît une place décisive à la seule image.
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Hier une campagne pouvait être une succession de propositions détaillées. Aujourd’hui, elle est quasi-exclusivement la mise en œuvre des messages visuels du candidat. Le candidat est le vecteur permanent de son message et ce dans chacun de ses gestes, de ses attitudes, de ses expressions. Les campagnes actuelles qui gagnent constituent d’abord une réelle écriture moderne de la communication électorale. Il s’agit donc d’abord
L’impact du seul vote sanction
C’est pourquoi, progressivement, l’opinion s’est retranchée derrière un réflexe qui consiste à sanctionner plutôt qu’à approuver. L’opinion élimine qu’elle ne choisit. plus
Les campagnes négatives diabolisant d’abord un candidat deviennent la règle.
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d’une bataille sur le style, sur une personnalité, un tempérament et non plus sur un programme détaillé. C’est une guerre de profils et non plus de contenus. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. Tout d’abord, le temps consacré à la politique par les citoyens est de moins en moins important. Par conséquent, la sélection des messages est plus redoutable que jamais. Ensuite, dans cette sélection, la perception émotionnelle prime sur l’analyse rationnelle. Enfin, comme l’avenir paraît imprévisible, les citoyens donnent la priorité à des traits de tempérament plutôt qu’à des promesses sur le lendemain. Il faut noter que ce dernier point est empreint d’un certain bon sens. Puisque l’avenir est quasiimprévisible, pourquoi prendre du temps à chercher à organiser ce qui ne peut être prévu ? Cet examen montre, si besoin était, que ces trois facteurs créent un système auto-entretenu de démobilisation qui n’est pas sans logique d’ailleurs.
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Ce n’est pas un enjeu de moyens pour créer de la remobilisation mais un enjeu de fond : • faire revivre un espace à la décision publique, • assortir cette décision publique de moyens reconnus comme disponibles et efficaces. C’est la bataille du contenu pour 2012.
Editeur : Newday www.exprimeo.fr
Page 9: Moveon.org : la machine à faire les Présidents ?
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En novembre 2008, Barack Obama aurait-il été élu sans le soutien aussi mobilisé de Moveon.org ? Probablement pas. Ces dernières semaines, la même organisation lance des vidéos clips sur le thème : «rendez-nous Barack Obama» pour protester contre son pragmatisme excessif. Que se passerait-il si Moveon.org changeait sa mobilisation pro Obama ? Voyage dans une structure qui passe pour être la machine à faire les Présidents … Parution le : 8 février 2011.
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